Pas plus loin que ta nudité


    J’aimerais oublier l’apparence pour que se dévoile la charpente, voir à travers l’écorce et atteindre le cœur. J’aimerais me débarrasser du bruit qui embarrasse les yeux partout où le regard se pose et voir ce qui compte et n’existe pas.

    J’aimerais que ma crasse s’envole parfois, le temps d’une pose, et me permette d’entrevoir ce que semble-t-il depuis longtemps je recherche : un ailleurs que l’on puisse toucher des yeux, voir avec l’âme, qui transcende ce que je vois.

    Les âmes sont hautaines et délicates, elles sont farouches, elles ressentent trop. Ce sont des chats. Elles sont en toutes choses et entretiennent un lien particulier avec tout un chacun. Ces liens nous constituent, nous façonnent, nous habitent. Je me plais à penser que l’appareil est l’outil de leur dévoilement.

    Cela étant, je ne pourrai pas aller au-delà de ta nudité. Le regard est inexorablement barré par la surface qui le cerne de toutes parts. Et pourtant. Pourtant je ne peux m’empêcher de voir dans les clichés que je fais un regard qui ne m’appartient pas, qui vient d’ailleurs, qui expose autre chose que ce que j’ai pu voir. Si je ne peux pas aller au-delà de ta nudité, il me reste, à l’image de l’absence qu’inflige un cadavre, l’espérance d’un au-delà.