Aurélien


Aurélien est assis à la table de sa cuisine. Il repense à une baignade avec sa fille enfant. Elle lui donnait tout, mais il est passé à côté. Il pensait à une femme. Il voudrait pleurer mais rit en même temps de la farce qu’il se joue à lui-même. Il revoit le corps de cette femme qu’il aimait tant. Ces choses qui sont arrivées, qui arrivaient avant même qu’il ne puisse lutter. Contre lesquelles il luttait à contre-temps. Non. Contre lesquelles il ne pouvait rien. Don Quichotte avait raison. Les moqueurs aussi. Au lieu que sa vie ne s’éclaire au fil des années, il s’enfonçait dans une obscurité illuminée ça et là d’images furtives de son passé et que son esprit organisait dans le silence des années pour en faire des étoiles d’harmonie et de sagesse. Paradis perdu qui n’a jamais eu lieu. Il n’aime pas le type qu’il est devenu. Aurélien se sert un verre, se lève, tangue, ouvre brutalement un tiroir, se plonge longuement dans les clichés qu’il lui reste de sa vie. Ces images scintillent de clarté et l’emmènent loin de sa crasse. Il a toujours tenu la photo en piètre estime, mais il doit avouer qu’elle a ceci de sublime de lui avoir légué cela. Au moins il reste ça.