La Gorgone



Je te vois dissimulé soigneusement derrière ta tête. Je te vois enfoncer comme tu peux un tournevis à l’intérieur de ton crâne, fourailler dedans pour que ça ne se voit pas, te tordre et grimacer, te crisper en t’enroulant sur toi-même. Ce matin je n’ai aucune compassion. Je pourrais te regarder crever sans esquisser un geste, sans que mes yeux ne s'émeuvent un seul instant de ton sang versé.

Ton bel habit ne dissimule ta faiblesse qu’aux aveugles et aux complaisants. Tu n’accuses pas par méchanceté mais parce que tu as peur. Tu charges l’autre de tes propres crasses, je l’accable de mes insuffisances, le courage et la clairvoyance ne sont pas de notre monde, on leur préfère le mensonge et l’ombre. Je nous sais démiurge, doué de la grâce de transposer l'indicible en obscénité. Je te regarde et j’en ai la nausée.

Tu tues sans en avoir eu le courage. Tu blesses en demandant pardon. Tu conchies ton enfant parce qu’il te fait vaciller. Tu frappes ton amoureux en le lui reprochant. Tu te soumets à la loi. Tu trouves que cela va de soi. Tu récuses ceux qui ne le font pas ou n'y parviennent pas. Ils m’horrifient. Avec les gens comme toi je laisse aller ma violence au gré d’un lynchage vivifiant. Heureuse violence, hygiène de nos peuples. Je te regarde, le sens s’évade, le temps fait son œuvre, le mensonge et l'oubli sont notre salut. La main du diable n'a jamais appartenu à Satan.